BIOGRAPHIE

De son vrai nom, Iaroslav SOSSOUNTZOV, SERPAN est né le 4 juin 1922 à Karlstein, près de Prague, de parents russes émigrés. Amoureux de la montagne et passionné d'escalade, il part, en mai 1976 pour les Pyrénées ariégeoises en solitaire. Le 17 mai, il est signalé disparu : on sait depuis août 1981 qu'il y a trouvé la mort.

Après des études universitaires en biologie et en mathématiques, il est docteur ès Sciences en 1953 et enseignant à Paris VII jusqu’à sa disparition.

Homme doué d’une rare énergie, ses études, puis son métier ne l’empêchent pas de commencer à écrire et à peindre dès 1940. Il mènera de front, toute sa vie, ces différentes activités, la spécialisation et la séparation des genres ne pouvant à ses yeux qu’engendrer la pauvreté de l’esprit. C’est, comme il se définit lui-même, un écripeintre  (recueils de poésies, textes critiques et esthétiques sur la peinture).

Du surréalisme, dès 1945, à l’imagerie narrative de 1973-1975 et les derniers collages de 1976, Serpan évolue en fonction de la vie contemporaine, mais affiche l’étrange unité d’une peinture de signes répétés à la fois dynamique et ensembliste

Période Surréaliste (1945 – 1951)

 Dès 1945 (Salon des Indépendants), les formes fantastiques sont en expansion sur les toiles. Serpan participe activement à l’exposition internationale du Surréalisme (1947) avec un autel « l’Héloderme suspect » et une peinture «Gynandrologie».

Il publie de nombreux poèmes (la Révolution la nuit, les deux Sœurs, Rixes…) et un roman : «Les Roses d’Ispahan».

 « Aujourd’hui, je suis née Homme

(les Roses d’Ispahan)

La période dite «Cachemire», aux mille traits à l’encre de chine et aux yeux hallucinés, marque déjà le geste répétitif que va suivre son évolution.

Période du Signe noir (1952 – 1963)

 

Serpan se détourne du surréalisme dès 1950 et, en 1951, se rapproche de  Michel Tapié (Un Art Autre): il devient un des pionniers de l’Informel et de l’Abstraction lyrique. Ce sera une longue période de la peinture du signe et de structuration ensembliste.

L’écriture noire envahit les toiles et les murs de sa maison.

Pour hier, les taches bleues de l’eau, les éclaboussures blanches de l’impatience, les clameurs rouges du sang : on appelle cela l’Homme.

Les traits noirs de l’écriture, les signes noirs de la solitude, les courbes noires de la chance : la vie.

Je peins comme je respire : je peins pour respirer : je peins pour peindre, je peins pour échapper à l’effacement de tout.

Ma peinture est une muraille contre moi-même, contre leur monde.

Peinture ou simple (?) existence ?

Si les essaims de signes envahissaient les fonds d’abord assez lisses de la toile, ils vont s’organiser en «espaces de caractère ensembliste» alors que la matière qui les supporte devient épaisse et construite de pâtes constituées de sable, de cendre, de fragments de bas nylon et d’isorel épais.

Période du Signe blanc (1967 – 1968)

 

Comme photographiés en négatif, les signes noirs sont alors supplantés par les signes blancs , raidis, raréfiés et posés parcimonieusement sur des surfaces aux couleurs franches et éclatantes, aux formes nettes, géométriques

Pour aujourd’hui, le rouge , rouge absolu. Rouge pour être.

Le regard rouge, le rouge porté au rouge (et parfois même  jusqu’au blanc) rouge d’horizon, rouge d’aridité, rouge d’exactitude, rouge de conscience,

(c’est-à-dire le désert). J’ai dit : ROUGE.

Il y a d’autres couleurs : ce ne sont que des colonies du rouge. La beauté- toujours à double face : contradictoire ! C’est en même temps lorsque saigne la raison et lorsque la raison dévore le sang, et pour qui habite le rouge, le savoir n’est qu’une frénétique solitude. La peinture aussi.

O fascination de l’inutile, immuable comme la sagesse aux yeux pleins de larmes.

 Texte de Serpan pour le catalogue de l’exposition au Karl- Ernst- Osthaus Museum, HAGEN, 1968.

Période 1968 – 1971.

 

Serpan s’arrête de peindre. C’est qu’il subit les prémices de Mai 1968, qu’il vit intensément comme enseignant-chercheur à la Sorbonne. Il s’intéresse alors à la récupération de matériaux peu nobles (morceaux de bois, polystyrène expansé des emballages jetés par la « société de consommation »), et crée des Edifices monocolores peints à l’acrylique.

Période 1971 – 1976

Serpan, refusant de sombrer par la répétition d’un style repérable, se remet en jeu et abandonne son écriture picturale passée au risque de ne plus être reconnu.

«Tous vaisseaux brûlés, toutes amarres larguées», il aborde alors une non-figuration, qu’il définit comme des  «Narrations sans histoire et Natures presque mortes»: cercles, triangles, flèches s’accumulent (comme autrefois les signes noirs ou blancs), pour critiquer cette société de consommation qu’il déteste, écrit un long poème: «la Révolution se théorise et meurt». Figuration non-descriptive, réel déconstruit avec froideur sur fonds blancs et lisses.

Les Collages : 1975 – Mai 1976

 Femmes éclatées, débris de monde sortis des journaux et recomposés dans une vision tragique, morcelante et critique.

Avec ses collages, Serpan fait la synthèse de ses démarches antérieures. Sa vie picturale s’est d’ailleurs achevée sur un collage, lui inachevé, qu’il a laissé dans son atelier avant son dernier départ comme pour terminer son oeuvre sur un point de suspension tant l’œuvre de Serpan s’est voulue et demeure «ouvert ».

Autres œuvres

Serpan, épris des grands espaces, ne les aime pas seulement en montagne mais aussi comme peintre. Il effectue des travaux d’aménagement mural au titre du 1% dans des établissements scolaires.

1965. Décoration murale (céramique), Université de Besançon, 60 m2.

1971. Décoration murale (céramique), CEG, Jonzac, 70m2

1972. Décoration murale (céramique), CEG, Montmarault, 18 m2.

1975. Décoration murale (peintures polyuréthanes), CES, Petite-Synthe, 32m2.

1975. Décoration murale (tôle émaillée), éd Silit, Riedlingen, Allemagne, 7 m2.

1975. Décoration murale (peintures polyuréthanes), SES, Barbezieux, 25 m2.

1978. Après sa disparition, décoration murale (peintures polyuréthanes), SES, Caussade réalisée d’après sa maquette  par ses amis les peintres F. Benrath,et L. Georges, 65 m2.

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